05
Mars
2019
|
12:14
Asia/Baku

Le succès mondial du « nez court »

Résumé

Il y a 60 ans aujourd’hui a débuté un chapitre important de l’histoire du véhicule industriel : c’est en effet le 5 mars 1959 que la marque de Stuttgart a présenté son nouveau camion à « nez court », en version L 322 et L 327 (moyens tonnages) et L 337 (gros tonnage). Ces camions ont rencontré un succès à travers toute la planète et confirmé la stratégie internationale voule par Daimler-Benz au lendemain du second confilt mondial. Ces camions ont été construits jusqu’aux années 90. Au total, environ un million de ces modèles ont été assemblés, certains en « CKD ».

Stuttgart – En 1959, Mercedes-Benz a lancé avec succès une toute nouvelle génération de camions. Le challenge était costaud car il s’agissait de passer d’un classique à long capot et ailes saillantes à la cabine avancée et moteur en-dessous, sans oublier les versions à « nez court. Dans ce cas, le moteur est partiellement installé en-dessous de la cabine, le véhicule disposant d’un nez court avec capot arrondi. Le dessin de ce camion à « nez court » avec phares intégrés aux ailes s’inspire d’ailleurs assez largement de celui des berlines « ponton » contemporaines de la marque.

Mercedes-Benz a présenté ce camion à la presse à Stuttgart le 5 mars 1959 en trois versions : L 322, L 327 et L 337. Les deux premiers sont des moyens tonnages construits dans l’usine de Mannheim. Le L 337, au capot plus long de 300 millimètres, est un modèle dit « lourd », et fut produit dans l’usine de Gaggenau. A l’image de ceux qu’ils remplacent, ces camions sont aussi proposés en version à conduite avancée. La lettre P, parfois associée au modèle, désigne ainsi une finition Pullman à « cabine avancée », mieux équipée et plus confortable. Ces dernières versions ont aussi marqué les esprits avec leur design sympathique, leurs mensurations plus comptées et leur agilité comparés aux modèles à capot dotés de la même charge utile et de la même surface de chargement.

Compromis optimum

Le dessin du camion à « nez court » est donc un compromis entre celui à capot classique et celui à cabine avancée : le L 328 à « nez court » lancé en 1961 (baptisé L 911 à partir de 1963, date d’un changement d’appellation de tous les modèles de la marque) dispose d’un rayon de braquage de 2,40 m, plus court que le L 312, modèle comparable mais à « nez long ». A cette époque, le bruit et la chaleur dégagés par le moteur sont moins prégnants dans ce type de cabine que dans les LP 328/LP 911 à cabine avancée. Il y a aussi assez de place pour installer une troisième place dans la cabine. Sans oublier que le moteur est plus accessible… Mercedes-Benz a décrit comme suit tous ces bénéfices dans le dossier de presse du Salon de Francfort – qui s’est déroulé du 17 au 21 septembre 1959 : « La cabine moderne entièrement en métal, arrimées sur quatre plots de caoutchouc, avec fenêtres coulissantes, est équipée d’un large et panoramique pare-brise d’une seule pièce en verre de sécurité, tout comme les deux petites vitres arrière. Le compartiment moteur est totalement séparé de la cabine et parfaitement étanche aux bruits du moteur. L’ensemble des travaux de maintenance et d’entretien peuvent ainsi être effectués de l’extérieur ».

Le développement de ce « nez court » est le résultat de l’entrée en vigueur de nouvelles règles et de la foi des clients du savoir-faire de la marque dans le domaine du véhicule industriel. Les camions à capots sont alors encore populaires mais on critique leur longueur et leur poids, élevé. Le ministre ouest-allemand de l’époque, Hans-Christoph Seebohm, a voulu modifier tout cela au mileu des années 50. Le 22 mars 1956, le journal officiel allemand publiait le nouveau « Règlement pour le code de la route – poids et mesures » destiné à entrer en vigueur le… 21 mars 1956. Ce que l’on appella la « Loi Seebohm » eut de nombreuses conséquences. Pour les camions et remorques immatriculés dès le 1er janvier 1958, la longueur totale – 13 mètres pour les semi-remorques, 14 pour les porteurs au lieu de 20 auparavant – et le poids maximum autorisé – 24 tonnes au lieu de 40 auparavant – sont réduits de manière drastique.

Mercedes-Benz a répondu à ce challenge en développant le LP 333 à cabine avancée, fabriqué de 1958 à 1961, un trois essieux dont deux directionnels à l’avant, communément surnommé « le millepates ». Ce camion léger à trois essieux utilise habilement les normes imposées aux porteurs/remorqueurs : tandis que les camions à deux essieux ne peuvent pas peser plus de 12 tonnes, le LP 333 dispose d’un poids maximum autorisé de 16. Associé à une remorque immatriculée avant le 1er Janvier 1958, le poids maxi autorisé pour ce porteur/remorqueur est donc de 32 tonnes. Avec une charge utile de 20 tonnes.

Après de nombreuses protestations, Seebohm a revu le calendrier de sa réforme dès le début de l’année 1957. En 1960, il annule aussi les interdictions les plus sévères. Malgré tout, il fut alors clair pour les constructeurs de camions allemands, que les futurs produits se devaient de prendre en compte au mieux les longueurs et les charges utiles imposées qu’on ne le faisait avec les camions à capot.

Un succès global

La gamme de Mercedes-Benz à « nez court » a réussi ce tour de force avec une certaine maestria. Une gamme qui fut disponible en porteur et tracteur, avec transmission intégrale, et, pour les versions lourdes, avec trois essieux. Ce camion à « nez court » fut aussi carrossé pour les pompiers et les services municipaux, en bennes à ordures ménagères ou balayeuses, ou encore en toupies à béton ou citernes. Cette gamme connut le succès dans le monde entier. Et fut l’un des piliers de l’internationalisation de la Daimler-Benz AG après le second conflit mondial.

Cette gamme connut un large succès, plus que les « cabines avancées », comme les chiffres de ventes le prouvent : le plus populaire fut le 322, devenu 1113 suite à la réorganisation des appellations de 1963. Celle-ci précise le tonnage autorisé et la puissance du moteur, en l’occurrence 96 kW/130 ch. Plus de 60 000 exemplaires de « nez court » (L) ou « nez court » avec transmission intégrale (LA) furent construits entre 1959 et 1969. Les versions à cabines avancées – dénommées LP et LAP -, le total s’élève à moins de 16 000 exemplaires au cours de la même période. En aditionnant toutes les versions de cette gamme de moyens et lourds tonnages, la production s’élève à environ 1 million de véhicules assemblés jusqu’à la fin des années 90. Dont plus de 650 000 camions « complets » et plus de 300 000 en kit. Ces versions en « CKD » - Completely Knocked Down – furent livrées à l’étranger. Et c’est le L 1210, livrés en Inde de 1964 à 1979, qui connut le plus large succès commercial.

Au cours de cette longue carrière, Mercedes-Benz a continuellement adapté cette gamme de « nez court » aux désirs de la clientèle. Ceci inclut les versions lourdes à trois essieux à partir de 1963, l’adaptation de moteurs diesel à injection directe à partir de 1964 ainsi qu’une cabine un peu plus large en 1967. La réorganisation de la production des véhicules industriels voulue par Mercedes-Benz a évidemment touché cette gamme : la production a ainsi été graduellement transférée à l’usine de Wörth dès 1965. Ainsi, ces camions de moyens et lourds tonnages furent petit à petit construits dans une seule usine, en lieu et place des initiales usines de Gaggenau et Mannheim.